Le café et le thé n’occupent pas la même place dans nos routines. Le café est souvent associé à un effet coup de fouet, rapide, presque immédiat. Le thé, lui, évoque plus volontiers une énergie douce, plus progressive, parfois plus compatible avec la concentration. Ce ressenti est largement partagé. Mais il n’implique pas forcément que la caféine du thé soit une caféine différente.
La caféine reste la même molécule, qu’elle provienne du thé, du café ou du maté. Une fois ingérée, elle est rapidement absorbée par l’organisme, avec un pic sanguin généralement atteint entre 30 min et 2 h. Mais cette cinétique similaire n’explique pas pourquoi certaines personnes ressentent une expérience différente entre le thé et le café. Dans le thé, certains composés peuvent interagir avec la caféine. Toutefois, les données disponibles ne montrent pas qu’ils bloquent significativement son absorption. D’autres molécules naturellement présentes dans les feuilles, comme la L-théanine, pourraient aussi influencer l’expérience après une tasse. Cette piste reste toutefois prudente : les effets étudiés reposent souvent sur des doses environ 4 à 12 fois supérieures à celles d’un thé infusé.
Si cette différence de ressenti ne s’explique pas clairement par une caféine ralentie ou par l’action isolée d’une molécule du thé, l’explication la plus solide se trouve probablement ailleurs : dans la quantité de caféine réellement extraite au moment de la préparation.
La différence se jouerait plutôt avant l’absorption, dans la tasse.
Les feuilles de thé peuvent contenir environ 20 à 40 mg de caféine par gramme, un ordre de grandeur proche de celui des grains de café selon les espèces et les variétés. Mais une tasse ne se prépare pas à poids égal. Les études sur le thé infusé utilisent souvent 2 à 3 g de feuilles pour 150 à 200 mL d’eau. À l’inverse, un espresso mobilise souvent 7 à 9 g de café moulu, et un café filtre 12 à 18 g pour une tasse de 250 à 300mL d’eau. Les cafés servis contiendraient ainsi environ 2 à 5 fois plus de caféine que les tasses de thés classiques.
La préparation change donc tout : quantité, volume d’eau, temps, température et surface exposée. Moulu finement, le café rend ses composés rapidement accessibles à l’eau. Le thé, souvent infusé en feuilles entières ou roulées, libère sa caféine plus progressivement.
Les analyses Camellia Sinensis permettent d’observer cette différence en conditions de dégustation réelles. Avec 5 g pour 500 mL, le Ceylan New Vithanakande atteint par exemple 88 mg de caféine dans la tasse analysée. Or certaines analyses de thés noirs rapportent 22 à 28 mg/g, soit en moyenne 1,5 fois plus de caféine retrouvée en tasse pour le même dosage. Toute la caféine théoriquement présente dans les feuilles ne diffuse donc pas nécessairement dans la tasse.
Lorsque l’on prend le temps d’explorer la tasse de thé, cette stimulation plus douce semble donc s’expliquer par une boisson souvent moins chargée en caféine, dont l’infusion n’extrait pas toujours tout le potentiel caféiné des feuilles.
À retenir
- La caféine du thé peut être vécue comme une « caféine plus douce », même si la molécule est la même que dans le café.
- Malgré un pic sanguin similaire pour les deux caféines, l’effet ressenti peut demeurer différent.
- Les préparations classiques de thé sont en moyenne 2 à 5 fois moins caféinées que les préparations classiques de café.
- Contrairement au café, la caféine du thé est rarement totalement diffusée dans la tasse.
Bibliographie
- ANTONIO, Jose, NEWMIRE, David E., STOUT, Jeffrey R., ANTONIO, Bianca, GIBBONS, Matthew, LOWERY, Lonnie M., HARPER, Jacob, WILLOUGHBY, Darryn, EVANS, Crystal, ANDERSON, Derek, GOLDSTEIN, Erica, ROJAS, Javier, MONSALVES-ÁLVAREZ, Marcos, FORBES, Scott C., GOMEZ LOPEZ, Jorge, ZIEGENFUSS, Tim, MOULDING, Brian D., CANDOW, Darren, SAGNER, Michael et ARENT, Shawn M. Common questions and misconceptions about caffeine supplementation: what does the scientific evidence really show? Journal of the International Society of Sports Nutrition, 2024, vol. 21, n° 1, 2323919. DOI : 10.1080/15502783.2024.2323919. PMID : 38466174. PMCID : PMC10930107. Disponible sur : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10930107/
- CHIN, Jenna M., MERVIS, Cliff B., GOLDBERGER, Bruce A., SAMS, Daniel W. et CONE, Edward J. Caffeine content of brewed teas. Journal of Analytical Toxicology, 2008, vol. 32, n° 8, p. 702-704. PMID : 19007524. Disponible sur : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/19007524/
- DESBROW, Ben, HUGHES, Rachel, LEVERITT, Michael et SCHEEPERS, Annelise. An examination of consumer exposure to caffeine from retail coffee outlets. Food and Chemical Toxicology, 2007, vol. 45, n° 9, p. 1588-1592. PMID : 17412475. Disponible sur : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/17412475/
- GIESBRECHT, Timo, RYCROFT, Jane A., ROWSON, Michelle J. et DE BRUIN, Elske A. The combination of L-theanine and caffeine improves cognitive performance and increases subjective alertness. Nutritional Neuroscience, 2010, vol. 13, n° 6, p. 283-290. DOI : 10.1179/147683010X12611460764840. PMID : 21040626.
- KHOKHAR, Santosh et MAGNUSDOTTIR, Sigridur G. M. Total phenol, catechin, and caffeine contents of teas commonly consumed in the United Kingdom. Journal of Agricultural and Food Chemistry, 2002, vol. 50, n° 3, p. 565-570. DOI : 10.1021/jf010153l. PMID : 11804530.
- MCCUSKER, Rachel R.,GOLDBERGER, Bruce A. et CONE, Edward J. Caffeine content of specialty coffees. Journal of Analytical Toxicology, 2003, vol. 27, n° 7, p. 520-522. PMID : 14607010. Disponible sur : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/14607010/
- WILLSON, Caroline. The clinical toxicology of caffeine: A review and case study. Toxicology Reports, 2018, vol. 5, p. 1140-1152. DOI : 10.1016/j.toxrep.2018.11.002. PMCID : PMC6247400. Disponible sur : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC6247400/
Données internes - Camellia Sinensis
- CAMELLIA SINENSIS. Analyse de la caféine. Disponible sur : https://camellia-sinensis.com/fr/analyse-de-la-cafeine